FYI, on débriefe dans 5 min

La langue de Bernard Arnault (et autres mangeurs de grenouilles) est riche, c’est un fait. A priori, il n’est pas de concept usuel non traduisible en idiome local. Et quand c’est le cas, l’équipe fringante des Immortels se met immédiatement sur l’affaire. Dès lors, pourquoi, bon sang, ce lot d’anglicismes dans la langue professionnelle ?

A ce phénomène, il n’est finalement qu’une réponse intemporelle : l’anglais c’est cool, ou plutôt, ça sonne cool. Comprenez, c’est jeune, frais, rapide et efficace. C’est surtout indolore : malgré un sens identique, l’anglais n’a pas la gravité et le sérieux du français. La preuve par l’exemple.

 

ASAP : as soon as possible. En français, le plus rapidement possible, ce qui est un poil injonctif et rabat-joie. Alors qu’ASAP, 2 syllabes, 4 lettres, passe comme une lettre à la poste. ASAP, un chouette nom pour un acolyte rigolo dans un dessin animé.

FYI : for your information. En français “pour info”, mais  qu’il il serait plus juste de la traduire par, “tiens j’y pense et il faudrait que tu saches, même si ça ne va pas te servir tout de suite, tout de suite”.
Ex.: FYI, je fais le pont

Afterwork : apéro avec des collègues à la sortie du bureau. En français, ça évoque un kir et un pain surprise en chemisette jaune poussin pour le pot de départ de Monique. En anglais : de joyeuses binouzes entre winners.

Brainstorming : remue-méninges, en tout cas c’est ce que recommande la délégation générale à la langue française et aux langues de France. Mais l’expression s’est tellement bien installée en France que son équivalent sonne comme le nom du jeu éducatif offert par votre grande tante à Noël 1989.

Reporting (faire du) : rapporter. On comprend la réticence du Français à se plier à une pratique dont on nous apprend dès le plus jeune âge qu’elle est hautement répréhensible.

Débriefing, voire débrief’ : séance de compte-rendu critique. On sent que le premier sera constructif et le second au mieux ennuyeux, au pire douloureux.

Deadline : date limite. Bien que la traduction littérale ne respire pas l’optimisme (ligne de mort), on persiste à la préférer à la française qui sent le beurre rance et le lait tourné.

 

Le constat est triste. Alors que le vocabulaire pro français évoque la moquette murale et les endives tiédasses au jambon, celui des States a le pouvoir de convoquer la Californie à votre poste de travail. Ici comme ailleurs ce n’est finalement qu’une question de point de vue et il ne suffirait que de quelques entrepreneurs dynamiques pour remettre la langue de Xavier Niel au goût du jour. Et si c’était vous ?

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