L’intérêt du bonheur au travail (et comment y parvenir)

Le bonheur au travail est devenu aujourd’hui un sujet essentiel pour les salariés mais aussi pour les dirigeants d’entreprises. Les premiers veulent disposer d’un environnement qui leur permette de s’épanouir et de progresser. Les seconds ont compris que de la qualité de vie au travail dépend bien souvent la performance de l’entreprise.

La qualité de vie au travail, un facteur qui dynamise les performances de l’entreprise

Non, ce n’est pas une utopie mais bien une réalité scientifique. Plus les employés sont heureux au bureau, plus ils sont productifs. Ce constat, c’est le département d’économie de l’université de Warwick, au Royaume-Uni, qui l’a fait. Au travers d’une étude menée auprès de 700 personnes et publiée dans le Journal of Labor Economics, les chercheurs ont démontré que la productivité d’un salarié heureux augmente de 12 % par rapport à un salarié témoin, dégustation de chocolats et projection de films comiques à l’appui. Un peu cliché mais diablement efficace.

Alors, rendre les salariés plus heureux, c’est rentable ? Oui, si l’on en croit les efforts déployés par certaines grandes entreprises comme Google, qui s’est emparé du sujet depuis plusieurs années déjà. Prendre soin de ses équipes est devenu un véritable défi RH. Le résultat est essentiellement qualitatif : les employés ne travaillent pas plus longtemps et ne vont pas rester jusqu’à l’aube pour terminer un dossier en cours. « Les employés font un meilleur usage du temps dont ils disposent, c’est-à-dire en augmentant la vitesse à laquelle ils peuvent travailler sans sacrifier la qualité », explique le professeur Daniel Sgroi, qui a participé à l’étude « Happiness and productivity » de l’université de Warwick. Avec une qualité de vie au travail bien développée, il est possible d’améliorer certains points de difficulté rencontrés par les RH, comme la fidélisation des talents dans l’entreprise, le taux d’absentéisme ou la capacité à innover.

Massages, cours de fitness, séances de yoga… rien n’est trop beau dans certaines entreprises pour « soulager » les employés et les aider à mieux travailler. Attention, toutefois, de ne pas tomber dans la surenchère.

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L’explosion du blurring

Un mot-concept a fait son apparition dans le monde des Ressources Humaines il y a peu : le blurring. Ce terme désigne l’extrême porosité qui existe entre le temps personnel et le temps professionnel. Selon le Baromètre sur le bien-être et la motivation des salariés européens publié par l’Ipsos en 2013, 67 % des salariés européens affirment être sollicités en dehors de leur temps de travail tandis que 62 % confient qu’ils gèrent des problèmes personnels au travail !

Une frontière, quelle frontière ? Les équipements professionnels que l’on peut utiliser à distance font tomber les barrières (smartphone, ordinateur portable avec VPS / wi-fi). De plus en plus d’entreprises doivent également composer avec le phénomène du « bring your own device ». Les salariés installent leur boîte e-mail professionnelle sur leur smartphone personnel, pour pouvoir lire leurs messages partout.

Le blurring est-il le fléau qui rend le stress omniprésent et casse la qualité de vie au travail ? Non. C’est même l’inverse. « Ces nouveaux outils de communication sont perçus comme bénéfiques et ayant un impact positif sur la qualité de vie au travail », affirme l’Ipsos.

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En France, l’intérêt du travail l’emporte sur les conditions de travail

Les nombreuses études qui s’intéressent au bonheur au travail en France mais aussi en Europe permettent d’observer des différences culturelles très importantes selon les pays. Celles-ci s’expliquent notamment par la démographie, mais aussi le cadre légal qui entoure le travail. Selon une étude menée sur 2500 salariés répartis dans cinq pays européens1 (dont la France), ce sont les Suédois qui ont le plus de plaisir à aller au bureau. Facile : ils n’y vont pas ! Le télétravail y est très développé : seulement 54 % des salariés se rendent chaque jour au bureau ; les autres travaillent à distance ou alternent entre les locaux de l’entreprise et le télétravail. Néanmoins, cela n’explique pas tout, d’autant que le télétravail se développe aussi en France. Dans le modèle suédois de l’entreprise, plus de 50 % des sociétés disposent d’une salle de repos. Des espaces de convivialité pour échanger sont intégrés aux locaux. L’embauche se fait entre 7 et 8 heures (plus tôt qu’en France) mais la journée ne se termine pas après 17 heures. Le tutoiement est de rigueur dans de nombreuses structures et la hiérarchie est résolument moderne, avec une organisation transversale.

Si tous ces aspects ne sont pas encore la norme en France, un point commun capital émerge entre Suédois et Français. Dans ces deux pays, l’intérêt du travail est mis en avant comme LE facteur permettant d’apprécier sa vie au bureau. Avoir des missions intéressantes, c’est une motivation forte, plus forte que les conditions de travail ou même la rémunération ! Oui, enfin, l’argent reste tout de même un sujet important. 61 % des Français affirment ne pas être satisfaits de leur rémunération alors que la moyenne européenne se situe à 51 %2. Comment agir ? Améliorer la qualité de vie au travail demande des moyens et serait donc réservé aux grandes entreprises ? Non. Les PME aussi ont les moyens d’agir. 99% des dirigeants de PME affirment avoir déjà mis en place « au moins une action en faveur de la qualité de vie au travail. En moyenne, ces dirigeants affirment avoir mis en place six actions au sein de leurs entreprises », explique une étude TNS-Sofres3.

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Quelques pistes pour améliorer la qualité de vie au travail

  • La qualité des locaux : des espaces fonctionnels et agréables à vivre, des équipements adaptés qui facilitent le travail.
  • La qualité des relations : valoriser l’humain et sa place dans l’organisation par une reconnaissance du travail réalisé, faire preuve d’un sens de l’écoute et du dialogue.
  • La qualité du travail : du degré de responsabilité à la variété des tâches proposées, sans oublier l’autonomie transférée, le « boulot » doit, dans la mesure du possible, correspondre aux attentes de chacun pour ne pas être perçu comme monotone.
  • La qualité de l’organisation : les salariés compte sur l’entreprise pour traiter les questions de pénibilité, anticiper la charge de travail de chacun, et insuffler une volonté de progrès.

Pour les entreprises qui souhaitent s’attaquer à la question du bien-être, il est conseillé d’adopter une démarche sincère, autrement dit, pas uniquement motivée par l’amélioration de la productivité. Les actions devront sans doute être engagées sur le long terme pour devenir des habitudes pouvant porter leurs fruits dans la durée.

 Sources :
1Baromètre Actineo 2014 – Enquête d’opinion sur qualité de vie au bureau.
2Baromètre Edenred ‐ Ipsos 2014 – Bien-être et motivation des salariés européens.
3Étude TNS Sofres 2015 – La qualité de vie au travail dans les PME.

 

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