Vive la crise, l’optimisme de rigueur

Innover, investir, recruter, communiquer… Pourquoi, en temps de crise, remiser les principes qui font les beaux jours de l’entreprise ? Ne faut-il pas au contraire oser davantage, redéfinir des stratégies, saisir les opportunités en profitant pêle-mêle de l’outil internet, des nouvelles attentes des consom’acteurs, des usages émergents ?

En 2013, en France, le financement participatif ou crowdfunding a permis de lever 65 millions d’euros (+ 160% par rapport à 2012) en faveur de projets novateurs, succès qui pourrait sonner le glas du monopole bancaire sur les prêts rémunérés.
Malgré un léger fléchissement, la vente en ligne a encore progressé, de 13,5% au cours de l’année écoulée. En Charente, l’an passé, des femmes et des hommes ont créé 2 353 entreprises*, soit 3,8% de plus qu’en 2012…

« Beaucoup d’indices montrent qu’on est à un tournant. Les gens ont envie de consommer autrement… Le numérique, la crise génèrent des nouveaux usages comme les financements participatifs et solidaires qui suppriment des intermédiaires. Soit on essaie de résister au changement comme certains s’élèvent contre les Véhicules de tourisme avec chauffeur, soit on cherche comment faire évoluer son métier », analyse Charles Sarda d’Agence42, à l’origine, avec ses associés, de L’Entrepreneur Charentais.

Attirer les compétences

Le nouveau magazine, web et papier, plate-forme collaborative ouverte aux dirigeants locaux, est né de cette envie d’agir, d’échanger, de transmettre un discours constructif et des expériences positives : « L’objectif, c’est d’avancer. De montrer que la crise, une concurrence exacerbée et un environnement hostile peuvent avoir un effet catalyseur pour sortir de sa « boîte » et trouver des idées neuves. Que ce n’est pas forcément le moment de faire le choix du repli. »

L’avis vaut, bien sûr, pour les entreprises qui n’ont pas de problèmes de trésorerie et qui seraient tentées par la posture dos rond, au risque, par exemple, de laisser filer des compétences professionnelles et humaines.

À Angoulême, Stéphane Traumat, dirigeant de Scub s’entoure, sans hésiter, de nouveaux savoir-faire. Ils étaient deux associés en 2003. Ils sont désormais 18 salariés – dont les derniers récemment recrutés – à œuvrer dans le domaine du développement de logiciels pour la gestion de la relation clients des entreprises, avec une progression de 80% de l’activité pour les exercices 2012 et 2013.

La raison du succès : une capacité à faire du sur mesure, de l’intégré, en visant des niches dynamiques comme les assurances et à parier sur l’avenir. « Il n’y a pas d’autre stratégie, confie le chef d’entreprise de 35 ans. Il est fondamental de s’entourer de talents pour la partie technologique et pour la partie commerciale afin de décrocher de nouveaux contrats. »

Le train de l’innovation

Trois doctorants vont même investir l’effervescent domaine du Big Data (combinaison à grande échelle de différentes sources et différents types de données internet). La PME charentaise a décroché un budget dans le cadre d’un appel à projets national, et travaille avec un grand assureur français et quatre labos de recherche parisiens à un outil capable d’optimiser la gestion clients.

L’innovation nécessaire, surtout en période de rigueur… C’est aussi l’option de l’association qui vient de se constituer pour mettre en place le Créalab Angoulême, outil destiné à prendre le train de l’impression en 3D, technologie annonciatrice de la troisième révolution industrielle.

Le lieu collaboratif s’ouvrira aux porteurs de projets en mai prochain composé d’un labo d’idées (innovation mise en pratique), d’un atelier de fabrication (prototypage rapide via une imprimante 3D) et un magasin des usages (test, usage, échange, confrontation, évolution des créations).

« Les personnes qui créent des entreprises innovantes sont très motivées, elles veulent être actrices de leur avenir, participer au développement du territoire. Nous avons toujours le même nombre de sollicitations, près de 80 par an. La crise n’a pas d’impact négatif sur l’envie de créer et il y a toujours de belles idées », témoigne Coline Lerch au sein de l’incubateur régional Etincel.

Après une sélection, par un comité d’experts, des projets les plus qualitatifs et les plus prometteurs (environ sept chaque année), la structure accompagne techniquement et financièrement les porteurs de projets pendant au moins 18 mois, très en amont et jusqu’à la création. Lancé en 2010 en Charente, l’Incubateur Image Etincel, volet consacré aux industries créatives, a déjà suivi huit dossiers et accompagné l’éclosion de quatre entreprises.

Investir et se renouveler

À Jarnac, Laurent Charvin, a repris en mars 2013 le site et l’activité d’emballages flexibles alimentaires que le groupe landais Gascogne s’apprêtait à fermer. Un an après, l’entreprise rebaptisée Lysipack a consolidé son leadership national dans l’emballage beurrier et compte bien doper sa position dans le secteur de l’emballage pour fromages.

« L’idée est d’aller sur un secteur en forte croissance avec un niveau de compétition assez faible et une expertise assez forte », explique le dirigeant. Selon ses prévisions et l’actuel carnet de commande, le chiffre d’affaires devrait grimper de 12,7 millions d’euros en 2013 à 18 millions en 2018.

Outre l’investissement programmé dans de nouveaux locaux et machines (extension qui    générera à terme la création de 14 postes supplémentaires), la société de 47 salariés mise sur la qualité de ses produits et sur sa réactivité exemplaire. « On veut être l’entreprise préférée de nos clients », souligne Laurent Charvin.

Changement de méthode

Autre opportunité de ces temps incertains : reprendre une entreprise dotée de savoir-faire peut s’avérer une opération judicieuse, un moindre investissement pouvant en partie compenser la prise de risques.
Des créateurs – potentiels – d’entreprises tendent également vers de nouveaux outils théoriques comme l’approche effectuale « plus agile, plus pertinente face à des marchés de plus en plus incertains, ou nouveaux (innovation de rupture par exemple) où l’information n’existe pas. C’est une tendance de fond. », explique Stéphane Geneix, co-fondateur, en Charente, de l’Association internationale de la flèche effectuale**.
À l’inverse de l’approche causale qui consiste à déterminer des objectifs puis les ressources nécessaires pour les atteindre, l’effectuation considère les ressources disponibles pour déterminer les buts possibles : je dispose de 20 000 euros et je suis passionné par tel domaine. Quelle entreprise puis-je imaginer ?
« Ce qui prévaut, c’est l’action et le fait d’interagir. Il faut parler de son projet, attirer des parties prenantes qui vont s’engager et faire que votre projet va devenir possible, poursuit M. Geneix dont l’association promeut la méthode lors d’ateliers, de conférences auprès des porteurs de projets, des étudiants… On peut changer les choses en misant sur sa propre action et sur sa capacité à tisser des liens. C’est une vraie vision optimiste qui permet de se libérer du fatalisme ambiant et du déterminisme. »
Manière de voir le verre à moitié plein ? « Oser, c’est gagner ! , estime un jeune dirigeant charentais, conscient que toute initiative comporte sa part de risques. Il faut oser lancer des projets, communiquer pour développer son activité, saisir les opportunités qui naissent de l’évolution technologique conjuguée à la crise comme l’économie collaborative… Il faut oser rencontrer les autres et surtout ne pas rester isolé en attendant que l’orage passe. »

* selon L’Association pour la création d’entreprises.
**Facebook : https://www.facebook.com/groups/Ass.F.E/

 

vu_mag

 

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